Dans la presse

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Claude Leicher, à l’honneur dans le monde.fr

En excellent article consacré au Président de MG France a été publié le 3 juin dernier. Nous en donnons ici la retranscription intégrale.

Claude Leicher, stratège d’une mĂ©decine pour tous

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 03.06.2013 à 17h22 • Mis à jour le 04.06.2013 à 13h36

Florence Rosier 

Claude LEICHER. | Stéphane REMAEL pour Le Monde

Silhouette longiligne, visage aigu, allure sportive, Ă  60 ans le docteur Claude Leicher mĂŞle Ă  un air d’Ă©ternel adolescent le vif-argent d’un esprit rigoureux et habile. A-t-il un don de dĂ©doublement ? MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste dans un petit village de la DrĂ´me, il est aussi prĂ©sident, depuis 2009, du principal syndicat de gĂ©nĂ©ralistes français, MG France. « Deux mĂ©tiers Ă  temps plein », dit-il.

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S’inspirant de son exercice mĂ©dical, mais aussi de l’examen critique du système sanitaire et social français, ce praticien imaginatif tente opiniâtrement, avec d’autres, de dessiner un nouveau visage de la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale. Une approche qui serait davantage fondĂ©e sur des preuves, au coeur d’un parcours de soins bien tracĂ©, plus Ă©quitable et Ă©conomique. Mais jamais il n’oublie de soigner l’intĂ©rĂŞt de ses confrères gĂ©nĂ©ralistes libĂ©raux. Car ce faux candide est un vrai stratège. « Claude Leicher est un scientifique de la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, relève Didier Tabuteau, directeur de la chaire santĂ© Ă  Sciences Po. Pour construire sa vision syndicale, il a ce souci de toujours partir de l’Ă©tat des connaissances, mais aussi des rĂ©alitĂ©s de terrain. Il a une très grande honnĂŞtetĂ© intellectuelle. »

Le 6 juin, MG France organisera un colloque sur les « inĂ©galitĂ©s sociales de santĂ©. Un dĂ©fi pour la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale ». « La pĂ©riode d’amĂ©lioration de l’Ă©tat de santĂ© des Français semble terminĂ©e, tĂ©moigne le docteur Leicher. Et nous constatons un accroissement persistant des inĂ©galitĂ©s sociales en la matière. » Les gĂ©nĂ©ralistes, assure-t-il, peuvent se mobiliser pour repĂ©rer et accompagner cette fragilitĂ© sociale. Il s’agirait d’Ă©tendre des rĂ©alisations concrètes existantes : « Par exemple de dĂ©velopper les soins primaires en Ă©quipe, associant mĂ©decins, infirmières, pharmaciens… »

« Claude Leicher est le stratège et le porte-drapeau d’une mĂ©decine libĂ©rale et sociale qui n’est pas dans la tradition de la mĂ©decine de ville en France », analyse Didier Tabuteau. « On est le syndicat qui a transgressĂ© la règle ! », confirme l’intĂ©ressĂ©. Il en est convaincu : les gĂ©nĂ©ralistes apportent un raisonnement de santĂ© publique. « La prise en compte de cette dimension populationnelle conduirait Ă  un système de santĂ© aussi efficace, tout en Ă©conomisant un Ă  deux points de produit intĂ©rieur brut ! »

MÉDECINE DE PROXIMITÉ

Qu’il nous livre ses remèdes sur la prise en charge des patients âgĂ©s polypathologiques ou son diagnostic sur le rĂ´le du gĂ©nĂ©raliste dans la prĂ©vention des cancers… et voilĂ  notre docteur qui s’anime. Le dĂ©bit s’accĂ©lère, l’imagination s’envole, sur la base d’arguments issus de publications mĂ©dicales Ă©prouvĂ©es. Le voici qui orchestre une prise en charge centrĂ©e sur une mĂ©decine de proximitĂ©, qui s’intĂ©resse autant Ă  l’individu qu’Ă  la santĂ© des populations. « La direction prise par le gouvernement actuel, avec un parcours de soins organisĂ© Ă  partir du mĂ©decin traitant, est la seule qui puisse sauver notre système de santĂ©, affirme-t-il. Nous attendons avec impatience sa mise en oeuvre. »

Avec d’autres gĂ©nĂ©ralistes, il milite de longue date pour l’indĂ©pendance de l’expertise en santĂ© vis-Ă -vis de l’industrie. « En France, 20 % des malades alzheimer sont traitĂ©s par un mĂ©dicament anti-alzheimer pourtant jugĂ© non efficace, contre 3 % dans d’autres pays dĂ©veloppĂ©s, s’enflamme-t-il. Les pouvoirs publics commencent Ă  comprendre qu’il y a des conflits d’intĂ©rĂŞts Ă  tous les Ă©tages… »

« Claude Leicher est un homme ouvert exprimant la passion de son mĂ©tier. Il dĂ©fend des valeurs d’Ă©galitĂ© et de solidaritĂ© que je partage, indique AndrĂ© Grimaldi, diabĂ©tologue Ă  l’hĂ´pital de la PitiĂ©-SalpĂŞtrière, Ă  Paris. Mais l’Ă©clatement corporatiste du monde mĂ©dical fait obstacle aux rĂ©formes du système de santĂ© français. La santĂ© est-elle un bien commun public ou un bien privĂ© ? C’est le vrai dĂ©bat, au-delĂ  des clivages entre mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes et spĂ©cialistes, hospitaliers et libĂ©raux. »

Une ambiguĂŻtĂ© perceptible, fin 2012, lors de la signature d’un avenant avec l’Assurance-maladie sur les dĂ©passements d’honoraires. « Claude Leicher a signĂ© cet avenant car les gĂ©nĂ©ralistes [qui pratiquent peu de dĂ©passements] ont obtenu une revalorisation. Mais il eĂ»t mieux valu nĂ©gocier une vraie revalorisation du secteur 1 [sans dĂ©passements d’honoraires] ! », regrette AndrĂ© Grimaldi.

Pour FrĂ©dĂ©ric Van Roekeghem, directeur de l’Assurance-maladie, « Claude Leicher a une conception de l’organisation des soins centrĂ©e sur le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste. Cela en fait un redoutable nĂ©gociateur. C’est par ailleurs quelqu’un de très honnĂŞte, très attachĂ© Ă  son mĂ©tier. D’humeur Ă©gale, il sait rester ferme sans mĂ©connaĂ®tre l’aspect financier des choses ».

Pour cet esprit qui aime les chiffres, la mĂ©decine fut « un choix très rĂ©flĂ©chi ». Il se destine Ă  la chirurgie, mais l’Ă©tat d’esprit de cette discipline l’en dĂ©tourne. Il opte pour la mĂ©decine gĂ©nĂ©rale. « Je peux suivre des familles sur cinq gĂ©nĂ©rations. On est en permanence sous le poids du « est-ce que j’ai bien fait ? ». Cette imperfection, Ă  condition de la reconnaĂ®tre, contribue Ă  notre proximitĂ© avec la population. »

Mais la vraie passion de ce père de quatre enfants, « c’est [sa] famille« . « RĂ©sister Ă  l’ordre ambiant pour inventer de nouvelles choses » : tel pourrait ĂŞtre le mot d’ordre de cet homme qui raconte avoir grandi dans une famille alsacienne, marquĂ©e par « des vies de combat » – celles de ses grands-parents maternels durant les deux guerres mondiales.

Ses premières armes Ă  MG France, Claude Leicher les fourbit, en 1986, en participant Ă  la crĂ©ation du centre 15 (le SAMU) de la DrĂ´me. Sous son impulsion, MG France sera pionnier sur plusieurs dossiers stratĂ©giques comme la permanence des soins, avec l’invention des « maisons mĂ©dicales de garde ». En 1990, bien avant l’affaire du Mediator, il propose une formation mĂ©dicale continue indĂ©pendante de l’industrie – qui rencontrera un succès limitĂ©.

« On est un peu le nez dans le guidon, Claude Leicher fait partie de ces gens qui nous permettent de voir plus haut, raconte Mady Denantes, médecin généraliste adhérente à MG France. Il est un remède au burn-out des généralistes ! »